La Planque : un film de mecs à l’ancienne

Le 21-09-2011
Par xadmin

A l’ancienne ! Tel est le credo du collectif mené par le comédien et scénariste Jalil Naciri. Tout en mettant un pied dans le milieu fermé du cinéma professionnel, notamment à travers son rôle dans la série PJ, ce touche à tout a développé avec son collectif Alakis une production cinématographique conçue et fabriquée dans le 93. Aujourd’hui, avec son complice réalisateur Akim Isker, ils présentent La Planque, leur premier long métrage à sortir dans les salles obscures. Rencontre avec Jalil au « 6B », dans le bureau dionysien du collectif.

A l’ancienne
Impossible d’aborder La planque sans se pencher sur le concept Alakis, un état d’esprit qui transpire des productions de cette bande d’amis qui semblent envisager leur carrière cinématographique « en famille ». « Alakis ça veut dire « à l’ancienne », explique Jalil naciri. Un kiss c’est un ancien et un pas à la kiss c’est un pas à l’ancienne. C’est en référence au Kiss club. [Club mythique à Strasbourg Saint-Denis dans les années 80] C’est une vraie référence aux anciens, mais une façon de regarder notre patrimoine et notre culture pour mieux envisager l’avenir. Le Kiss club c’est vraiment les anciens, moi c’était plus le Pacific ou la Cassita. Je suis d’une génération intermédiaire, mais où c’était un peu le même principe, une population plutôt exclue des autres clubs, mais acceptée dans ces clubs-là, réunie autour d’une musique noire américaine très populaire et commune (…) C’est plus évident sur des jeunes de Seine-Saint-Denis. Mais finalement on se rend compte que cette culture commune est beaucoup plus vaste que juste l’Ile de France. On trouve énormément de villes et de quartiers populaires urbains qui nourrissent, vivent et entretiennent cette même culture et tout un folklore vestimentaire de survêtements Tachini et de Ballyjo, mais aussi de musiques collector soul funk à l’ancienne qui ont nourrit énormément le hip hop ».

Funky mais français
En effet, l’état d’esprit funky ressort tout au long du film, où des braqueurs « pieds nickelés », se retrouvent cachés avec 45 millions d’euros dans un commissariat. De l’allure vestimentaire de la « fine équipe » de braqueurs, à la B.O. exclusivement Funk composée par Khalid Bazi, en passant par l’argot banlieusard à l’ancienne, le film est un hymne à une certaine culture populaire des années 80 qui, bien que bercée par la funk, reste ancrée dans le paysage français. « Cette culture là, au-delà du folklore, de la musique des mots, elle est liée à des problématiques communes d’une classe sociale populaire, qu’on va retrouver sur toute la France. Une classe sociale métissée, nourrie d’énormément d’influences, liées à l’immigration, mais aussi à la culture populaire française, aux racines qui n’existent qu’en France, les Apaches du début du siècle, les Zazous, les blousons noirs. Aujourd’hui c’est pas étonnant qu’on soit très nourris et inspirés par Gabin, les films de Belmondo, les séries B, les choses comme ça. Ce que Audiard chopait dans des bistrots, moi je le choppe dans les halls d’escalier, c’est la même démarche et on parle d’une certaine façon la même langue, même si cette langue a évolué».

Un style peu courant en France
L’idée du film a d’abord donné lieu à un moyen-métrage du même nom tourné dans les studios de la série PJ, prêtés à l’équipe d’Alakis pour l’occasion. C’est en tournant dans les festivals et notamment Les pépites du cinéma, que le film va attirer l’attention de Luc Besson qui est intéressé par une adaptation en Long. Ce qui semble confirmer l’intérêt du producteur pour les cultures urbaines. Alors, Alakis Luc Besson ? « Je ne le connais pas suffisamment pour te répondre. Il faudrait lui poser la question, en tout cas ce qui est sûr, c’est qu’ il s’est intéressé à notre culture et à ce qu’on faisait. »

Rare sont en effet les productions françaises à s’inspirer à la fois des séries B, de la Blaxploitation, et de la culture populaire dans sa dimension « quartier », mais aussi sa dimension divertissement et « grand public ». « C’est beaucoup d’imagination, beaucoup de métaphores, très exagérées comme quand on raconte une histoire en bas d’une cage d’escalier. On est dans le spectacle et le divertissement, avec lequel nous on a aucun complexe, et qu’on retrouve dans des films belges ou anglais ou énormément de films asiatiques-de Corée du sud-, qu’on regarde, qui nous nourrissent et qui sont dans cette veine là. On s’y reconnait beaucoup plus que dans des films français parce qu’ ils sont complètement décomplexés par rapport au spectacle, par rapport à la comédie, par rapport au divertissement, par rapport aux choses exagérées ».

A travers le divertissement l’équipe d’Alakis essaye de faire passer des valeurs propres aux quartiers et de prendre le contrepied de l’image négative véhiculée par les médias. Comment ? « En célébrant ce qu’est cette culture là et ce qu’on est, avec de la comédie et toujours avec du second degré.En riant de nous-mêmes avec nos défauts et nos travers, sans idéaliser les choses, mais en mettant l’accent sur ce qui est positif et riche, sans que ça soit dans les bons sentiments, le béni oui oui de dame patronnesse, qui essaye de nous raconter sa vision à elle de ce qu’on est. (…) Au-delà de l’aspect anecdotique, folklorique, t’as des valeurs qui sont véhiculées, notamment des valeurs de fidélité et d’amitié. C’est la mentale. C’est difficile à traduire mais c’est des notions d’amitié très forte, de sens de la famille, de fidélité, d’honneur et d’estime de soi. »

Plus que les critiques cinéma plus ou moins élitistes, le public populaire est sans doute plus à même d’apprécier le style d’Alakis qui privilégie le spectacle, sans « prise de tête » et avec beaucoup de second degré, tout en faisant passer un certain message. « Très honnêtement l’a priori est très négatif de la part de pas mal de gens qui ne sont pas concernés par ça, avec lesquels il y a un fossé culturel spectaculaire. (…)On parle d’individus comme étant incultes, mais il y a différentes formes de culture. C’est pas toujours dans un sens. Le paradoxe c’est que des gens qui ne sont pas concernés par cet univers populaire urbain, mais qui font partie du public, adhèrent. Il y a quelque chose qui réunit qui est la comédie. C’est notre volonté de passer par la comédie, le spectacle, le divertissement, de façon à ce qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, mais jamais de façon didactique ou rébarbative. C’est une histoire de dominants et dominés. Une classe dominante qui peut considérer que ça c’est bien et ça ce n’est pas bien et décider pour un individu de ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. La beauté est dans le regard de celui qui regarde.»


Yannis Tsikalakis
 

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